biographie de Georges Moustaki

pages recopiées du site http://www.creatweb.com/moustaki/    date: 120117/as

Biographie de Moustaki, source site "officiel" (?)  http://www.creatweb.com/moustaki/Findex.htm
Ces pages de biographie sont signées Marc Legras... Il s'agit soit d'un texte rédigé spécifiquement par ce spécialiste de Moustaki pour ce site, soit peut-être d'extraits repiqués (officiellement ?) dans un des livres de ce journaliste écrits sur et avec Moustaki "Moustaki: Chaque instant est toute une vie" (2005) ou "Un chat d'Alexandrie" (2002) ?

En janvier 2012 -espérons que aura changé ou changera vite ?- ce site Web http://www.creatweb.com/moustaki/ qui se dit "officiel" (?!) se veut sophistiqué, mais est bizarrement très mal programmé -et est probablement en déshérence ?-, et surtout s'avère inutilisable pour la partie biographie, avec un bogue ne permettant de voir que le haut de toutes ces pages de biographie, cela étant extrêmement frustrant !?

En ce janvier 2012, pour une célébrité du monde de la chanson telle que Monstaki, il semble assez honteux, et rarissime, de voir un tel site, qui se dit "officiel", et qui s'adresse donc à une très large public a priori, qui soit si peu professionnel et surtout cauchmardesque à utiliser, voire impratiquable en fait ! Ce site en l'état fait vraiment, à notre grande tristesse, peu hommage à Moustaki ! Cela est d'autant plus navrant, par comparaison, que en régle très générale pour tous les sites Webs de chanteurs, et même pour des auteurs et/ou interprètes bien moins connus que Moustaki, voire obscurs, maisons de disques, agents divers, spécialistes, ou même simples sites spécialisés en 'self-service', avec l'aide de simples assistants ou amis si beoin, assurent fort bien, avec grande qualité, ce genre de prestation !-

Petites précisions techniques pour les geeks ou les curieux:
Les adresses http de ces pages web recopiée ci-dessous, une par une, n'apparaissent pas directement lorsque l'on visite "normalement" ces pages, une par une, sur le site web ci-dessus; cela pour des raisons de programmation, bien prétentieuse et souvent déconseillée, avec ce qu'on appelle des "frames", en html, surtout quand, ici programmés avec des erreurs de code, ça ne fonctionne tout simplement pas; ces adresses html individuelles, obtenues par nous indirectement, sont donc données ici à titre indicatif, même si inutilisables ou inaccessibles; heureusement même si boguées, ces pages Internet, afin d'être lues, peuvent néanmoins, par un simple utilisateur averti, bricoleur du Web ou informaticien amateur, être récupérées une à une, c'est à dire sélectionnées et recopiées entièrement, d'un coup, chaque page, en maniant avec un peu de dextérité la souris ou les raccourcis clavier, lorsqu'on est dans son navigateur (tel Firefox, Internet Explorer, version récente de préférence); en poursuivant ce simple processus de copier-coller, une fois la page mémorisée temporairement par l'ordinateur via le navigateur, on peut la recopier ailleurs, d'un coup, dans un autre logiciel, et on peut ensuite ainsi la lire tranquillement en entier et aussi la sauvegarder; c'est ainsi que nous avons procédé, pour sauver un trace de ces informations inacessibles à l'utilisateur ordinaire du Web; pour préciser d'avantage encore la méthode, ces pages ont été ainsi recopiées tout simplement toutes sur une même page dans un petit logiciel de traitement de texte supportant le language html ...avant quelques petites retouches bénignes ensuite, ici ou là, pour pouvoir mettre la présente page en ligne, sous une forme enfin relativement correcte et standard, et donc lisible tout simplement...; autant faire profiter les autres de ce pensum fort pénible, ingrat et surtout stupide...; ce travail de repiquage de pages, une par une, en effet a été en fait assez long et laborieux, pénible même; on aurait dit de l'archéologie digitale... science nouvelle promise à un bel avenir ! il a fallu faire aussi attention à bien remettre ces pages dans le bon ordre...; en effet les chiffres d'index à la fin des adresse n'étaient pas dans l'ordre et sont assez incohérents, et aucun numéro de page n'est indiqué sur la page elle-même...; cette numérotation de malappris va malheureusement de pair avec le bogue évoqué ci-dessus, qui rend le site inutilisable; ...le réalisateur de ce site mérite vraiment le pilori en place publique, avec surtout un très grand bonnet d'âne ! ...à moins que ce ne soit -auquel cas il aurait quelques excuses- Moustaki lui-même ? ...ou encore un enfant de ses proches ? en âge d'école primaire ?

Problème clef: ces pages en ligne sont boguées et impossibles à voir correctement ?! Elles ont donc été recopiées ci-dessous tant bien que mal...
détails

n.b. en fin de document quelques liens et brèves indications de notre cru complètent cette biographie




http://www.creatweb.com/moustaki/biographie1.htm










 

georgesbio10.gif

Photo Flair Photography


Georges Moustaki
passe rarement plus d'un mois sans changer de pays. Il lui suffit de poser son sac pour être partout chez lui autour de la Méditerranée, au Brésil, dans tous les pays d'Amérique Latine ou au Japon. Ses chansons le racontent, Ulysse musicien, à travers voyages et rencontres.


En 1969, chanson d'amour et autoportrait ("métèque, juif errant et pâtre grec"), l'un de ses plus grands succès fait le tour de la planète (dans une douzaine de langues) et lui ouvre les portes d'une soixantaine de pays. Un bonheur pour l'enfant d'Alexandre qui, sur le port face à la mer, rêvait de découvrir le Mexique, le Japon et la Palestine tout en baignant dans le creuset de langues et de cultures d'une ville mythique.
Celle du poète Cavafy et du "Quatuor d'Alexandrie", de l'écrivain irlandais Lawrence Durrell, et où Georges Moustaki a grandi à la fin des années 30.


"L'Alexandrie de mon enfance - se souvient-il - c'était le monde en réduction avec toutes les races et toutes les religions. Je suis rarement étranger quelque part car je trouve toujours une référence à Alexandrie dans les langues que j'y ai entendues, les odeurs que j'y ai respirées ou les couleurs..."

georgesbio1.gif

Son père, Nessim, parle cinq langues. Sa mère, Sarah, six.
Dans la cour de L'Ecole Française (où ses parents l'inscrivent avec ses deux soeurs), véritable Tour de Babel, les enfants s'interpellent en arabe, italien, grec, turc, arménien ou maltais. Voire en anglais, la langue de l'administration du Royaume d'Egypte sous tutelle britannique.

Je vous chante ma nostalgie
ne riez pas si je rougis
mes souvenirs n'ont pas vieilli
j'ai toujours le mal du pays
- Alexandrie -

Entre l'école et la Cité du Livre - la librairie française la plue en vue du Moyen-Orient que tient son père - il devient un précoce "citoyen de la langue française" (tel qu'il se définit aujourd'hui). Il dévore les ouvrages qu'il replace soigneusement dans les rayons, ne rate aucun des films en français du cinéma voisin, aucune pièce de théatre, aucun chanteur de passage.
" Mon goût pour la musique est passé par la chanson française : Charles Trénet qui m'avait ébloui - et à qui je suis allé le dire longtemps après - Henri Salvador, Georges Ulmer, Yves Montand, Georges Guétary, Luis Mariano... J'empruntais des culottes longues à mon père pour aller les écouter. J'ai même vu Piaf avec ma mère à l'âge de treize ans. Dix ans avant de la rencontrer."

A dix-sept ans, après un séjour estival à Paris, il obtient l'autorisation paternelle de s'installer dans la "ville lumière" où sa mère fera suivre sa guitare. Sa première carte de séjour datée du 12 novembre 1951 constitue, à l'en croire, son véritable acte de (re)naissance.
Vendeur de livres de poésie au porte à porte, il fait partie d'une équipe (dans laquelle l'un peint, d'autres écrivent ou rêvent de devenir acteurs - Guy Bedos) qui a transformé la librairie de son beau-frère Jean-Pierre Rosnay en une sorte d'atelier de création.

Un jour, il égrène quelques notes et quelques accords de guitare sur lesquels le beau-frère écrit des paroles à son insu, lui demande de reprendre le morceau. Première chanson !
A la troisième, le voilà sacré musicien de la bande.


Fin 1952, il éprouve le choc en découvrant aux Trois Baudets, dans le spectacle d'Henri Salvador (en vedette) "un monsieur moustachu, au physique bien éloigné de celui des chanteurs habituels, au vocabulaire différent et aux idées exprimées avec une telle originalité qu'elles en devenaient neuves : Georges Brassens !"

 

Retour

Suite




http://www.creatweb.com/moustaki/biographie3.htm










 

moustakibrassensS.jpg

Quelque temps plus tard, un ami emmène Brassens à la boutique-librairie où il fait connaissance de chacun. Bref dialogue :
"Tu écris de la poésie ?" - "Non, des chansons." Audition sur le pouce. "l faut que tu continues".

Un encouragement assorti d'un commentaire "un peu vague mais flatteur" : "C'est de qualité".
Devenu célèbre en quelques semaines grâce au "Gorille", Brassens donne un coup de main.
Jacques Canetti (responsable de la production de disques chez Philips et patron des Trois Baudets) et Francis Claude (l'animateur de Milord l'Arsouille) convoquent Moustaki
"un peu honteux de susciter tout ce remue-ménage avec trois malheureuses chansons".
Et il écrit de plus belle pour tenter d'être digne de son mentor et répondre à l'attente.
Chanteur de rues occasionnel il se risque dans quelques restaurants pour y faire la manche, puis accompagne à Bruxelles un ami auteur de romans policiers, à la recherche d'un décor pour sa prochaine intrigue. A court d'argent, il propose ses services à la Rose Noire, un cabaret de la Petite Rue des Bouchers alors mal fréquenté.

Pianiste d'ambiance - et pour le même cachet - il ajoute à sa prestation les cinq ou six chansons de son répertoire : "Eden Blues", Le bar des cinq parties du monde", "Putain de toi" de Brassens, "La chambre" et "Le parvenu" de Léo Ferré, "Un jour tu verras" le succès de Mouloudji.

georgesbio3.gif
Photographie P.Dacasa

De retour à Paris, sans illusion ni conviction, il pousse la porte de l'Echelle de Jacob et en moins d'une heure se retrouve pour la première fois de sa vie sur une scène équipée d'un micro, dans une vraie salle de spectacles... dont la vedette est Jacques Brel.

"J'ai du réagir inconsciemment. En pilotage automatique. J'ignore si ça a marché ou pas. On ne m'a pas jeté dehors et on ne m'a pas gardé au-delà des quinze jours prévus. C'était déjà beaucoup !"

La période est aux "auteurs-compositeurs-interprètes" et ce court passage lui permet de trouver des engagements au Port du Salut, à la Colombe, au Collège Inn, à la Boîte à Chansons ou chez Pomme sur la Butte.

Son répertoire prend une tournure plus personnelle avec "Gardez vos rêves", "Les orteils au soleil" (son premier hymne à la paresse et à la Méditerranée) et "Donne du rhum à ton homme" (qu'on prend à tord pour une chanson folklorique antillaise et que Maria Candido enregistre en 1958).

Il rencontre l'idole de ses quinze ans, Henri Salvador, qui met en musique "Il n'y a plus d'amandes" et Henri Crolla, un guitariste exceptionnel auquel il voue une véritable passion. Deux de leurs musiques se ressemblent : celle de "M'sieur p'tit Louis" chantée par Montand et signée Crolla et celle qu'a composée Moustaki sur "Lézard", un poème d'Aristide Bruant. Ils se rencontrent pour résoudre ce litige et plutôt que d'ergoter sur les droits d'auteurs, ils envisagent de faire une chanson ensemble.

 


Suite

 




Suite

 



http://www.creatweb.com/moustaki/biographie30.htm 










 

georgesbio30.gif

Henri Crolla, pour prolonger le bonheur de cette rencontre, propose à Georges Moustaki de l'accompagner chez Piaf avec qui il a rendez-vous. Il lui présente son nouvel ami en termes si élogieux que Piaf, un brin sarcastique, demande à écouter ses oeuvres géniales.

"J'ai pris une guitare et j'ai été lamentable. Mais quelque chose a dû la toucher. Elle m'a demandé d'aller la voir le soir même à l'Olympia et de lui montrer plus tard les chansons que je venais de massacrer".

Elle veut qu'il la connaisse mieux avant d'écrire pour elle. Elle enregistre fin 1958 "Eden Blues", "Les orgues de barbarie", "Le gitan et la fille".

Il figure au second plan de la pochette du super 45 tours "Edith Piaf chante Jo Moustaki". Elle lui demande une chanson sur un chagrin d'amour, un dimanche, dans la ville à ses yeux la plus triste du monde ce jour là, Londres. A la lecture du premier brouillon elle pointe du doigt le mot "Milord" : "La chanson est là !". Trois couplets jaillissent au fil de la plume. Piaf les confie à Marguerite Monnot pour la musique. Dès qu'elle le chante sur scène, "Milord" devient un standard. Au bout d'un an (et après "Faut pas qu'il se figure", "Un étranger", et "T'es beau tu sais"), Georges Moustaki déclare forfait.

A vingt-cinq ans, il entame ce qu'on qualifiera, à tordt, de traversée du désert en auteur reconnu, couru par les interprètes :
Colette Renard - "Les musiciens"
Michèle Arnaud - "Pourquoi mon Dieu"
Dalida - "La fille aux pieds nus"
Yves Montand - "De shanghaï à Bangkok"
Cora Vaucaire - "Les amours finissent un jour"
Juliette Gréco - "Madame"
Tino Rossi - "Le pinzutu"
Barbara - "Vous entendrez parler de lui"

A l'occasion, Hugues Aufray ("Le jugement dernier") puis plus tard Pia Colombo (qui enregistre "Le métèque en 1964) puisent amicalement dans son tiroir d'auteur.

Georges Moustaki commence sa carrière discographique sous un nom d'emprunt - "Eddie Salem son orchestre et ses chanteurs arabes" - avec en 1960 un répertoire oriental - égyptien - puis grec - "Les enfants du Pirée" - et quelques rocks parodiques. Il défend ensuite sous son nom son répertoire en français sur une demi-douzaine de 45 tours ("La carte du tendre", "Dire qu'il faudra mourir un jour", "La mer m'a donné" etc...). Sa maison de disques finit en désespoir de cause par lui rendre son contrat.

 

Retour

Suite






http://www.creatweb.com/moustaki/biographie5.htm










 

moustakibarbaraS.jpg

En 1967, il écrit "La longue dame brune" pour Barbara qui décide illico qu'elle ne pourra jamais la chanter sans lui et que ce duo les enchaîne. Elle l'entraîne dans une tournée au cours de laquelle, à la suite d'un malaise de la chanteuse, il fait devant un auditoire important, des débuts aussi improvisés que ceux de l'Echelle de Jacob.

Barbara lui fait également rencontrer Serge Reggiani. Le comédien qu'il avait vu et revu dans "Les amants de Vérone" veut, à quarante-quatre ans, commencer une carrière de chanteur. Il est italien, fait pour chanter et il aime ça !

"Un acteur vieillissant et un auteur compositeur sur le retour. Deux has-been. Deux mal barrés. C'est à la fois ridicule, touchant et exaltant"

note Moustaki dans son livre "Questions à la chanson" écrit en collaboration avec Mariella Righini en 1973. Reggiani fait le siège de l'appartement de l'Ile Saint-Louis où vit Moustaki, établit avec lui une connivence telle que thèmes et mots s'ajustent à la sensibilité et au vécu de l'interprète, de l'ami : "Sarah", "Ma solitude", "Ma liberté", "Votre fille a vingt ans", ("Madame"), "Madame Nostalgie", "Tes gestes", "Moi j'ai le temps".

Le mouvement créé autour de la réussite de Serge Reggiani entrouvre les portes des studios à Georges Moustaki. Il rêve d'enregistrer un album qui, sur la longueur, lui ressemble. La seule proposition porte, hélas, sur un "45 tours deux titres" puis sur deux, histoire de doubler les chances.
"Joseph" et "Il est trop tard" (sur le premier) ne trouveront l'oreille du public qu'après le succès du "Joker", "Le métèque" (refusé trois ans plus tôt partout où il en avait présenté la maquette).

"J'ai chanté "Le métèque" dans l'émission de télévision "Discorama" de Denise Glaser : deux chaises, deux micros... Un échange paisible dans lequel chaque mot prenait une importance. Le lendemain les presses de Polydor ont commencé à fonctionner pour faire face à la demande : 5000 exemplaires par jour.
Pourquoi une telle chanson a-t-elle reçu un tel accueil à ce moment-là ?" s'interroge encore Georges Moustaki.

georgesbio50.gif

Il décline alors, en douze titres, sa carte de visite la plus complète possible, fait figurer au dos de la pochette Piaf, Barbara, Reggiani et un texte de Brassens daté de 1954. Et il n'oublie pas Manos Hadjidakis ("Le facteur") rencontré quelques années plus tôt dont il inclut presque toujours une chanson dans chacun de ses disques, à chaque spectacle, avec l'impression qu'il est là et qu'il lui sourit.

Personne n'imagine à quel point ce personnage un brin décalé, barbe et "cheveux aux quatre vents", et ce qu'il exprime sont en phase avec la sensibilité et les mentalités de l'époque. Mai 68 vient de passer par là avec son aspiration à un monde neuf, fraternel, libre et joyeux. Sans entrave. Georges Moustaki a le profil du grand frère concerné, de l'amant ou de l'ami de coeur. Il est aussi convaincant dans sa revendication du "Temps de vivre" (écrit pendant les évènements), ses idées, que dans sa lecture de "La carte du tendre".

"Le métèque" lui donne le droit à la parole que revendiquaient les murs de 68. Il passe de l'ombre des vedettes qui chantaient ses chansons à l'avant-scène.

En 1970, il découvre les visages de ce public qui, à Bobino, le fête dans une belle ambiance. Dans la machine à fabriquer du disque ou du spectacle il joue, dès lors, selon ses propres règles - "à la fois dedans et dehors" - et ne cèdera jamais un pouce de terrain.

 

Retour

Suite



 

Retour

Suite



http://www.creatweb.com/moustaki/biographie2.htm










 

georgesbio20.gif

En 1971, il révèle sur disque une identité musicale riche en renouant avec les modes musicaux du Proche-Orient ("J'ai vu des rois serviles" en collaboration avec Areski, "Mendiants et orgueilleux", la chanson du film d'après le roman d'Albert Cossery portant le même titre) et en chantant "L'homme au coeur blessé", "Nous sommes deux" sur des musiques de Mikis Théodorakis.

Il est, aussi, grec, et compare ses sources musicales à des pelotes de laine déroulées successivement ou simultanément à partir de ses premières chansons nées sur la rive gauche de la Seine.

"Eden blues", un peu western, l'est à la façon des chansons "exotiques" qui citent d'autres espaces. Le jazz et le gospel ont inspiré "Le jugement dernier" après mon voyage aux Etats-Unis. Après la révélation de ma "grécité", via Manos Hadjidakis le compositeur de la musique du film "Stella" (1958) et que Mélina Mercouri lui ait donné davantage de réalité, mon rapprochement avec les Grecs en lutte contre la dictature des colonels m'a poussé à colorer ma musique de grec pour identifier plus formellement les choses".

"Enfant de l'enfant que lui fit Pénélope" (album de 1971) il affiche sa filiation dans le texte "Grand-père" et situe ses racines "En Méditerranée". Quant à son pays, pour en faire le tour, c'est tout autour de la terre qu'il faut danser ("Danse").

Enthousiasmé par la musique populaire du Brésil (le pays de son ami l'écrivain Jorge Amado où il rencontre Elis Regina, Chico Buarque, Jorge Ben, Gilberto Gil), de retour à Paris, il collabore avec Vinicius de Moraes et fait une adaptation parfaitement réussie d'une chanson impressionniste d'Antonio Carlos Jobim "Les eaux de mars" (1973).

Brésilien de coeur, il ajoute dès lors une corde à son arc musical et enrichit son identité d'une nouvelle couleur toujours présente depuis dans l'une ou l'autre de ses chansons. En 1974, il salue le Printemps des Oeillets de Lisbonne en transformant le texte d'une chanson de Chico Buarque "Portugal", rend un affectueux hommage à son maître, "Les amis de Georges", brandit "Le droit à la paresse" inspiré par l'oeuvre - forcément courte - de Paul Lafargue (gendre de Karl Marx). Cette chanson va avec son image de marque tout en restant dans le droit fil politique ou citoyen de chansons comme "Déclaration" ou "Sans la nommer".

L'album de 1975 reflète une nouvelle fois voyages, rencontres, amours, avec un brin de mysticisme ("Humblement il est venu") et une leçon de "Philosophie-Batucada" revue par une "bande de joyeux fêtards".

georgesbio2.gif

En 1976, il esquisse son auto-portrait en "amant du soleil et de la musique", en dit un peu plus long sur son "coin de paradis perdu" ("Alexandrie"), interpelle l'opinion publique sur le viol dans "Chanson-cri".
Astor Piazzolla, installé à Paris, partage les arrangements avec l'orchestrateur habituel depuis 1971, Hubert Rostaing, compose ("Faire cette chanson") et joue du bandonéon sur plusieurs autres titres.
Moustaki salue "Bahia" (1977) et annonce une ère nouvelle ("Nos enfants") sous le signe de "L'espérance".

Les chansons de l'album qui paraît début 1978 jalonnent une année de déplacements (San Francisco, New-York, Mexico, Tokyo, Québec, Eilat, Paris). "Vieux sage" dans "Si je pouvais t'aider", il retrouve sa fraîcheur dans une "Elle est elle" quasi juvénile (avec la voix de sa fille Pia Moustaki).

 


Suite





Suite




http://www.creatweb.com/moustaki/biographie20.htm










 

georgesbio2.jpg









Avec l'album suivant (la même année) il persiste, ses valeurs n'ont pas changé, il croit toujours au rêve, à l'amour, à la liberté et à la sincérité. 

Dans "Je réussis tout ce que je rate" il joue avec ses contradictions. "Elle est partie" ou "L'île habitée", à la douceur nostalgique, reflètent l'humeur en demi-teinte de cette période.
En 1980, Georges Moustaki réalise un rêve. Il demande comme une faveur à Joe Rossi de lui apprendre à jouer de l'accordéon et prend sa première leçon. Depuis, il en joue chaque jour ou presque.
Son album de 1981 illustre son art d'établir des connivences avec un lieu ("Bye-bye Bahia"), une culture et des amis de longue ou de fraîche date. Ainsi Jean-Marie Sénia compose la musique d'une discrète merveille, "Si elle entendait ça", un hommage à "la si petite grande dame" dans laquelle chacun reconnaît Piaf.
Richard Galliano signe plusieurs des arrangements et l'accordéon (Richard Galliano, Joe Rossi, Marcel Azzola) est chez lui dans ce disque !
Quand il rencontre Flairck (1982), Moustaki oublie ses terres de prédilection ensoleillées et tombe amoureux de la musique et de la virtuosité du groupe hollandais. Il veut un disque "en démocratie" : Moustaki et Flairck sur un pied d'égalité. Un disque qu'il apprécie toujours, tout en mesurant combien le groupe a bousculé la structure interne de ses chansons, les a éloignées de la simplicité, de la clarté, de la lisibilité qui rendent une chanson populaire.

 

Retour

Suite





http://www.creatweb.com/moustaki/biographie4.htm










 

georgesbio4.gif









Son disque de 1984 coïncide avec son demi-siècle d'existence et contient, à l'en croire,
"l'amertume souriante et l'innocence rusée récoltées dans ses voyages à travers le temps et l'espace".
Chanteur, il en est "L'ambassadeur" qui détient "les clés de la nostalgie et du futur". Il donne l'impression d'écrire à mi-distance et doit peut-être ce recul à l'île de Spetsai où naissent ses chansons.

"Pornographie", sur un air de Manos Hadjidakis en hommage à la musique française, témoigne de sa fidélité au compositeur grec. Pas de faces A et B à ce disque mais une "face nord" enregistrée à Paris et une "face sud"...au Brésil.

En 1986, Georges Moustaki fête par une tournée d'une vingtaine de salles dans Paris (!) la sortie d'un disque à forte connotation affective auquel participent Richard Galliano, Hubert Rostaing, le Cuarteto Cedron, Paco Ibanez (musique de "L'Espagne au coeur"), Maxime Le Forestier ("Une cousine") et une flopée de "pointures" !
Joe Rossi orchestre la gracieuse valse "Venez danser".

Le traditionnel "Haïti chérie" ouvre à Moustaki les portes de la communauté haïtienne de New-York. Il n'a pas attendu la vogue de la World Music pour rendre aux musiques d'ailleurs au moins autant qu'elles lui ont apporté.

Les Editions Calmann Lévy publient en 1989 "Les filles de la mémoire" (c'est ainsi que l'on appelle les muses en Grèce), un livre de souvenirs aussitôt traduit en grec, catalan, espagnol... et en italien sous le titre "Amante e vagabondo".
En 1992, paraît "Méditerranéen" (arrangements de François Rauber, et pas une musique d'Hadjidakis), il reçoit le Prix National de la Chanson. Une distinction qui pèse sans doute, la plus belle récompense étant qu'il a donné près de trois cents concerts en France et à l'étranger pendant les quatre années qui viennent de s'écouler.

Orphelin de "papa Rostaing" (partenaire de Django Reinhardt, clarinettiste de "Nuages" et chef d'orchestre), privé de Joe Rossi (entré dans sa vie le 10 mai 1980 avec son accordéon), Georges Moustaki prend en charge lui-même la préparation de l'album de 1996 qu'il enregistre en formule acoustique et en direct, sans arrangement écrit sauf pour les cordes.
Son titre "Tout reste à dire" est aussi celui de la chanson faite avec Jean-Pierre Rosnay avec qui il n'en avait écrit qu'une : la première !

L'éditeur Christian Pirot publie en deux volumes les textes de ses chansons. Dans la Capitale, Georges Moustaki jette l'ancre tantôt au Casino de Paris (1993, 1997), tantôt au Petit Journal, le club de jazz de Montparnasse qu'il affectionne, où en février 1998 il se produit un soir, seul, dans les conditions de ses débuts : un tabouret, une voix ("et pas des plus puissantes" précise t-il toujours) et une guitare acoustique. De ce bref retour à la case départ et à la nudité originelle, il émerge une nouvelle fois revigoré, transformé et toujours le même.
Confiant dans ses atouts et avec le même appétit d'espace, de musique et de plaisirs.

Le temps n'imprime jamais de réelle marque sur l'âme.

 

Retour

Marc Legras




http://www.creatweb.com/moustaki/biographie6.htm




http://www.creatweb.com/moustaki/piaf.htm









passionssmall.jpg

Edith Piaf, la rencontre.


Alexandrie, la provinciale, l'universelle, m'a forgé, nourri, donné forme. De ma naissance à mes dix-sept ans, ce que j'y ai vécu et connu a préfiguré ce que j'allais découvrir et devenir plus tard.

Depuis la fin de la guerre, l'Europe nous envoie par pleins bateaux des troupes de théatre, de danse, des chanteurs et des chansonniers qui font les beaux soirs des salles de spectacles. Jouvet, Trenet, Les Compagnons de la Chanson et bien d'autres tiennent le haut de l'affiche. La radio diffuse largement les airs de Paris. Des journaux rédigés en français nous informent sur la mode, le Tour de France, le Festival de Cannes, le Prix Goncourt. A travers les revues spécialisées puisées à la librairie de Nessim, je vis à l'heure française.

1947. Ce soir là, Sarah m'emmène écouter Edith Piaf à la salle Mohamed Aly. Son répertoire est familier au public alexandrin. Quand je la connaîtrai, elle me confiera qu'elle avait été très surprise par sa popularité. Soirée mémorable qui prendra son véritable sens le jour où devenu parisien et compositeur, j'entrerai dans la vie de Piaf, onze ans plus tard.

1958, il y a déjà quelques temps que je donne dans la musique. Je me produits dans des cabarets confidentiels. Mes voyages ne me portent pas plus loin que la Belgique, mes cachets sont des plus modestes. C'est une bohème joyeuse avec pour compagnons de route Jean Ferrat, Brel, Barbara, Anne Sylvestre, Pierre Perret. Ils sont tous débutants. Une guitare, un jean et un pull à col roulé sont mes accessoires de scène. Une Fiat 500 achetée pour 150 francs - en trois versements - me transporte d'une boîte à l'autre. C'est mon voisin bougnat qui tient mon secrétariat artistique et reçoit les rares offres d'engagement. Mes récitals ne dépassent pas les douze minutes.

Ce matin là, le bougnat me transmet l'appel d'un dénommé Henry Crolla. Mal remis d'une nuit passée en train après un gala de province, je me frotte les yeux en lisant le message pour être sûr de ne pas rêver en lisant le nom de Crolla. Car Crolla...

Connu comme musicien d'Yves Montand, compositeur de chansons de Prévert et de musiques de film, il était pour moi le maître absolu de la guitare. Je n'achetais les disques de Montand que pour écouter l'accompagnement. Le coup de téléphone tenait de l'inespéré. Et pourtant, ce n'était pas une farce.

Je rappelle Crolla presto. Je bafouille, je bredouille, et finis par comprendre qu'il veut me voir séance tenante. Crolla dans mes murs ! Je fais très vite un semblant d'ordre dans ma crèmerie, m'asperge le visage, je me compose une tenue décente en échangeant mes vêtements défraîchis contre d'autres qui le sont à peine un peu moins, je casse deux peignes en essayant de démêler mes cheveux, renonce à me raser, pas le temps, il va venir, il vient, le voici.

 

Suite

 













http://www.creatweb.com/moustaki/piaf2.htm












passionssmall.jpg

La rencontre - suite.

Crolla entre. Petit Napolitain grandi dans la zone, rond et chauve, l'oeil noir et le sourire timide. Il a ôté sa casquette avec déférence. Il pose une fesse sur un tabouret. Lequel est le plus embarrassé des deux ? Enfin, il me dit pourquoi il est là. Une amie commune, la chanteuse Colette Chevrot, lui a signalé qu'une de ses nouvelles chansons ressemble note pour note à l'une des miennes. Il est venu s'expliquer sur ce plagiat involontaire et me restituer mes droits. Il me joue sa mélodie, je lui chante la mienne. C'est vrai qu'elles sont jumelles. Je bénis cette rencontre musicale qui me permet de rencontrer cet homme. Il est hors de question de lui disputer la paternité de quelques mesures d'une chanson. Je suis trop heureux qu'il soit là. C'est déjà un ami. Nous bavardons, jouons de la guitare... Tout à coup il sursaute : "Je dois m'en aller, j'ai rendez-vous avec Piaf, pourquoi tu ne viendrais pas avec moi ? C'est une femme merveilleuse, je suis sûr que vous vous plairez...". Il m'embarque dans sa 403.

Piaf est entourée de ses courtisans, ses bouffons, sa secrétaire et un contingent de compositeurs venus lui soumettre leur production. L'appartement est aussi vide de mobilier qu'il est peuplé de gens. Un piano à queue, quelques fauteuils, une cafetière sur une table basse se perdent dans l'espace. Je m'y sens noyé. Je me tiens au chaud près de Crolla. Nous étions si bien dans ma crèmerie. Qu'est-ce que je fais là ? Crolla rompt la glace et me présente à Edith comme un compositeur génial qu'il est urgent d'écouter. Elle sourit, narquoise. "Eh bien, je ne demande qu'à entendre..." Je m'empare d'une guitare qui gît sur la moquette, j'accroche mes doigts aux cordes, j'émets quelques sons inarticulés, je transpire. Crolla vole à mon secours. Il me prend la guitare des mains et m'accompagne. Ca me perturbe encore plus. "Excusez-moi, Madame, je ne pensais pas me trouver ici..." Mes vêtements me font honte. J'aurais quand même dû me raser. L'assemblée me dévisage, qui avec consternation, qui avec étonnement. Edith s'amuse. On a jamais aussi mal vendu sa salade. C'est peut-être charmant, mais je n'ai aucune chance de la convaincre de mon "génie". J'essaie autre chose, je cours au piano. C'est pire, mes mains se bloquent, ma voix se coince. Je jette l'éponge. Crolla improvise une loufoquerie pour faire diversion. J'en profite pour essayer de filer à l'anglaise avant de mourir d'humiliation. Mais Piaf me retient.

 

Suite

 







http://www.creatweb.com/moustaki/piaf3.htm












passionssmall.jpg

La rencontre - suite.

"Ne partez pas comme ça. Je sais que c'est toujours pénible de montrer ses chansons. Venez m'écouter chanter ce soir à l'Olympia, ça vous donnera peut-être des idées pour écrire pour moi. D'ailleurs, j'aimerais réentendre ce que vous venez de massacrer..."

Sollicitude ou condescendance. Ou simple ironie. Les paroles de Piaf sont malgré tout réconfortantes. Sur le chemin du retour, Crolla, le doux, le tendre, exorcise, par la gentillesse de ses propos, le mauvais moment que je viens de passer.

Le soir même, je suis à l'Olympia. Je n'en connais-sais que le côté face. Me voici devant l'entrée des artistes. Loulou Barrier, l'impresario d'Edith, filtre les visiteurs.

"Je suis invité par Mme Piaf".
Il va se renseigner et revient m'escorter jusqu'à sa loge. Il y a toujours autant de monde autour d'elle mais je me sens plus à l'aise. "Loulou va vous placer, me lance t-elle. Après le spectacle, nous dînons à la maison."
Je me glisse derrière les autres invités par la petite porte qui relie les coulisses à la salle et m'assieds au premier rang.

"Accompagnée par l'orchestre de Robert Chauvigny, voici... EDITH PIAF !"

Le public rugit, acclame, explose. Edith apparaît. Je ne l'ai pas vue chanter depuis Alexandrie, depuis mes treize ans. Je suis comme tout le monde secoué d'émotion, soulevé d'enthousiasme, avec le sentiment secret qu'elle chante un peu plus pour moi que pour les autres. N'a-t-elle pas insisté pour que je vienne ?

Quand je me retrouve devant sa loge avec les amis et admirateurs, je ne sais plus quoi lui dire. Est-ce qu'on félicite une artiste de cette grandeur ? Je cherche des formules que je voudrais sincères, originales... et ne trouve rien. Quand la porte s'ouvre, je sèche toujours. C'est Edith qui prend les devants. "Vous venez souper, n'est-ce pas ? Vous avez une voiture...
- Oui (j'ai ma fiat 500)
- Alors je viens avec vous. Attendez-moi, je finis de m'habiller."
Quelle journée, quelle soirée ! En quelques heures, j'ai connu Henry Crolla, je me suis rendu ridicule devant Piaf et sa cour, j'ai eu les honneurs du premier rang à l'Olympia, invité personnel de la vedette, et me voici en route pour aller souper chez elle. De plus c'est moi qui vais la transporter dans mon infâme tacot qui brame quand il démarre et prend l'eau quand il pleut - et c'est le cas. J'essaie de la dissuader : "Vous savez, Edith, ma voiture est petite, elle n'est pas très confortable..." Cela ne la décourage pas. Elle a peut-être envie de narguer son entourage qui se dispute le privilège de la conduire, et se dirige vers ma Fiat 500.

Les chasseurs d'autographes qui guettent sa sortie la regardent avec étonnement dépasser une rutilante Packard décapotable, pneus à flancs blancs et crier au chauffeur :"Emmenez les autres, Robert, je vous retrouve à la maison".Quand ils la voient s'engouffrer dans la Fiat, j'entends une clameur de réprobatrice monter de la rue. Nous voici partis. Le moteur pousse des cris aïgus, la carosserie a la tremblote, ,l'eau passe par chaque orifice... Quelle idée j'ai eue de me vanter d'avoir une voiture... Edith ne fait aucun commentaire. Elle est fascinée par cet engin cocasse qui, cahin-caha, nous mène à bon port.

La soirée se termine à l'aube. Au moment de partir, Edith me glisse : "On dîne ici tous les soirs après l'Olympia. Revenez, vous connaissez le chemin".

Mais un jour est un jour. Demain je retrouverai mon quotidien, je me mettrai à la recherche d'un engagement, j'irai faire le tour des éditeurs pour décrocher une avance. J'ai surtout hâte d'aller à Montparnasse voir les copains, leur raconter mes exploits. Ils sont comme toujours au Select autour d'Andréas. Andréas est un exilé grec, peintre en bâtiment. Fauché comme nous tous, il a trouvé un procédé ingénieux pour occuper la meilleure table à peu de frais. Il ne consomme pas. Il donne de larges pourboires au serveur et se contente d'une carafe d'eau qu'il partage avec ses amis. A chaque nouvel arrivant on ajoute un verre et le pourboire augmente. Avec Andréas, on est aux premières loges pour voir défiler la faune et accrocher quelques passantes. Sa table est le dernier salon où l'on cause, où on refait la société, où l'on rit aux histoires de chacun. Ce soir là, c'est moi qui ai la vedette. Le récit de mon aventure chez Piaf est un succès.

"Et tu vas y retourner ? me demande Tony le Crétois, mon compère de toujours.
-"Je ne crois pas. C'était bien une fois. On ne va pas rejouer la scène !"
Je suis sincère. J'ai vécu un rêve éveillé, je ne veux pas le poursuivre.
"Tu es fou, tu dois y aller, tu ne te rends pas compte, c'est ta chance !"
-"Chance ou pas chance, je suis beaucoup mieux ici".

Le reste de la nuit, je me promène avec Tony. Ses fonctions de maître de chapelle à l'église grecque lui laissent beaucoup de temps pour traîner dans les cafés, réfléchir sur la vie et courir les filles. Il est de bon conseil et trouve une solution à tout. Insoumis à l'armée, il fabrique lui-même les tampons pour prolonger la validité de son passeport grâce au matériel du petit imprimeur qu'il achète au BHV. Cela lui évite d'avoir affaire au consul de Grèce qui le somme régulièrement de rentrer à Athènes. Cela lui permet aussi de rendre service à ceux d'entre nous qui ont des documents à falsifier. Il est capable de draguer dans n'importe quelle langue sans en connaître un traître mot. Il se fiche une pipe entre les dents et tient un discours inintelligible avec un accent qui fait illusion et finit par convaincre.

Lorsque je quitte Tony, il me lance dans une ultime tentative : "Appelle Edith, elle t'a peut-être attendu..."

Tony connait bien les femmes. Il a probablement raison. Je finis par lui obéir.

Le lendemain, je téléphone chez Piaf, en espérant secrètement tomber sur la secrétaire et laisser un message. Mais c'est c'est la Voix qui me répond : "Je vous ai attendu hier... Venez aujourd'hui sans faute."

Tony ne s'était pas trompé. Il m'accompagne le soir même chez Edith.
La cérémonie du dîner ne fait que commencer. L'aéropage est presque au complet. Il ne manque que Crolla, le fou du roi, mon ami d'hier, le messager providentiel. Tony jubile de se trouver là, à cette tablée de vedettes. Il plastronne, se gave de tous les plats, fait vibrer sa voix de basse chantante pour impressionner les invitées. J'envie sa désinvolture.

Edith m'a placé à sa droite. J'essaie d'être digne de ce privilège, de ne pas attiser la jalousie de ceux qui me l'envient, de faire bonne figure, d'être drôle ou intéressant.

Suite

 






http://www.creatweb.com/moustaki/piaf4.htm












passionssmall.jpg

La rencontre - suite.

La soirée se termine autour du piano. Edith, tel un monarque condescendant, se laisse amuser par les reparties, les médisances, les discours flagorneurs. De temps en temps elle éclate d'un rire sonore aussi légendaire que la tristesse de ses chansons.

Il s'est fait tard. L'appartement est désert à présent. Les invités sont partis discrètement pendant qu'elle me faisait écouter les disques de jazz qu'elle venait de ramener d'Amérique. Je suis fasciné, je n'imaginais pas qu'une chanteuse d'un autre âge puisse avoir les mêmes goûts que moi - la musique nous lie.

L'enchantement dure toujours lorsque la lumière de l'aube cogne aux rideaux.

"On devrait aller dormir", propose t-elle. Troublé, épuisé, je la suis dans sa chambre. 





http://www.creatweb.com/moustaki/barbara.htm













Le fauteuil de Barbara

C'était il y a longtemps, avant qu'elle ne se réfugie à Précy-sur-Marne, que sa voix s'amenuise et devienne bouleversante de fragilité; quand elle n'était diva que pour une poignée de fidèles aficionados qui se pressaient à l'Ecluse où je la rejoignais pour l'emmener dîner dans l'île Saint-Louis; quand nous nous téléphonions à n'importe quelle heure de la nuit pour nous chanter la dernière-née de nos chansons; bien avant que je ne lui écrive la "Dame brune" pour clamer en duo notre amitié et notre connivence; à cette époque j'avais acheté, pour la recevoir dignement dans ma tanière qui manquait de confort, un fauteuil à bascule.

Ce fauteuil était son territoire, son objet, sa propriété privée. Personne n'aurait songé ou oser s'y poser. Il symbolisait l'attente de sa visite.

Les années ont passé, l'Ecluse a disparu, Barbara devint une femme-légende qui envoûtait des foules immenses. Ma vie de chanteur m'emmenait de plus en plus en voyage. Dans sa maison à la campagne elle était moins disponible pour des rencontres improvisées. Nous restaient les longues conversations au téléphone, les fax et la complicité du hasard.

Le fauteuil à bascule déserté semblait désespéré. Je décidai d'en parler à Barbara. Elle me répondit aussitôt : "Dis-lui que je viendrai me balancer et rire de tous les rires".

Je ne sais pas comment je vais pouvoir lui annoncer que, pour la première fois, elle ne sera pas à un de nos rendez-vous.

Paru dans France-Soir

 




http://www.creatweb.com/moustaki/brassens.htm












Brassens

Enfin Brassens vint...

Il entre sur la pointe des grosses pattes d'ourson. Timide et intimidant. Il s'étonne d'être reçu par nous comme un maître à penser.

Nous sommes un groupe d'aspirants poètes et musiciens. Lui, un débutant qui essuie les plâtres au théatre des Trois Baudets où il impose, en quelques chansons, son immense personnalité. Tout ce qui existait avant lui semble périmé, conventionnel, racoleur, gominé.

Fier d'appartenir aux "Happy-Fews" qui viennent de le découvrir, j'en parle à qui veut m'écouter. Jusqu'à ce que je m'entende dire par un ami journaliste : "Ton Brassens, il y a longtemps que je le connais, c'est un ami, un collègue qui écrit dans la presse anarchiste. Je te le présente quand tu veux." C'était vrai.

Il vint donc nous voir. Il subit avec patience les questions et les réflexions de chacun. Quand il pose sur moi son regard de sourcier, je lui avoue écrire moi aussi des chansons... Il demande à les écouter. Sourire amical, approbation sobre, "c'est de qualité", caution inestimable. Dès le lendemain, il alerte les gens-en-place qu'il a pu connaître dans sa récente carrière. Les chasseurs de tête sont sur les dents. On me téléphone, me télégraphie, on veut déjà m'éditer, m'enregistrer, me produire. C'est le tournis. Tout cela est prématuré. Avec mes trois ou quatre chansons, je ne fais pas le poids pour prétendre à une carrière. Je n'en ai d'ailleurs pas l'ambition.

Je préfère continuer à vivre d'expédients, chanter sur la place publique, faire des piges pour des journaux de province ou m'improviser barman dans les restaurants de nuit.

Mais, conforté par le parrainage de Brassens, je prends de l'assurance, trouve le courage d'aller montrer mes oeuvres dans les cabarets des deux rives. Francis Claude, bonimenteur éblouissant, auteur de plusieurs chansons de Leo Ferre et directeur de Milord l'Arsouille, me prend sous son aile. Il a déjà engagé Gainsbourg comme pianiste et Jacques Brel en lever de rideau. Jacques Doyen et Catherine Sauvage acceptent d'interpréter mes oeuvres. Ils m'ont donné mes plus belles - parce que les premières - joies d'auteur-compositeur.

Régulièrement je vais rendre des comptes à Brassens, me réchauffer à son regard, me reposer sous son ombre. Même si le Tout Paris me l'a volé pour le porter aux nues, en faire un monument national, il reste pour moi l'ami, la référence, l'exemple. Il génère une foule de chanteurs-guitaristes, moustachus ou pas, qui aèrent le paysage du music-hall des années cinquante d'un souffle poétique.

Par la suite nos rencontres s'espacèrent. Un jour qu'une forte grippe m'empêchait de faire un gala, il accepta de me remplacer au pied levé. J'y vis la plus éloquente preuve d'estime.

Effrayé par la gloire, il sortait rarement de ses refuges de prédilection. Je devais surtout au hasard de pouvoir partager avec lui quelques moments fraternels et pudiques. Au cours d'une promenade dans sa propriété en Ile de France, nous nous arrêtâmes devant un arbre pour pisser de conserve. Je notai ses traits tirés. "Je n'ai plus qu'un seul rein et il est mal en point", me confia t-il. Je pris conscience de la vulnérabilité de son corps de molosse.

L'"éternel estivant" de la plage de Sète est parti aussi discrètement qu'il a vécu. Il nous laisse, moi et combien d'autres, orphelins.

En signe d'allégeance ce fut son prénom que j'adoptais.

"Les Filles de la mémoire"






AJOUTS  120118/as


discographies (sites web):

1)

http://www.encyclopedisque.fr/

Moustaki édite ses premiers disques fin des années 1950-1960 chez Ducret Thomson, sous le nom de "Eddie Salem ...son orchestre et ses chanteurs arabes" !

ci-dessous dos de couverture du disque en référence, avec une bio totalement farfelue et drôle de "Eddie Salem"  probablement inventée par Moustaki lui-même

ref. http://www.encyclopedisque.fr/disque/31471.html




2) autre site, néerlandais; avec un bonne discographie, similaire à celle ci-dessus (peut-être même plus détaillée): 

 http://www.moustaki.nl/


Biographies (autres):

http://www.autourdemoustaki.fr/trajet.html
bio avec des bribes d'info très détaillées mais lacunaires, un site par Chantal Savenier (journaliste ? spécialisé musique ?)

http://fr.wikipedia.org/wiki/Georges_Moustaki